Soutenance de thèse Lucie Malevergne "Impact de la sieste et du sommeil de nuit sur les performances cognitives de l'enfant scolarisé en maternelle"

Lucie Malevergne, Doctorante Forgetting

A l'invitation de

Lucie Malevergne, Doctorante Forgetting

Lucie Malevergne

Jury :
- Géraldine RAUCHS (rapportrice) – Inserm, UNICAEN
- Alex DE CARVALHO (rapporteur) – Université Paris Cité
- Jonathan FERNANDEZ (examinateur) – Université Paris-Est Créteil
- Alice GOMEZ (examinatrice) – Université Claude Bernard Lyon 1
- Stéphanie MAZZA (directrice de thèse) – Université Claude Bernard Lyon 1
- Amandine REY (co-directrice de thèse) – Université Claude Bernard Lyon 1

Lien visio : https://univ-lyon1.webex.com/univ-lyon1/j.php?MTID=md7ed2179dcc3ea2cc02857388ebd089e

 

Résumé

Entre 3 et 6 ans, les enfants traversent une importante transition du sommeil, passant progressivement d’un rythme biphasique avec sieste en début d’après-midi à un sommeil nocturne consolidé. Cette évolution repose sur la maturation cérébrale qui permet aux enfants d’accumuler la pression homéostatique plus lentement et de consolider leurs apprentissages plus efficacement, réduisant progressivement le besoin de sieste. En France, cette transition s’opère dans un contexte scolaire spécifique, marqué par l’instruction obligatoire dès 3 ans et par une organisation collective de la sieste en maternelle. Actuellement, 87 % des enfants français sont scolarisés en maternelle publique où la sieste est systématiquement proposée en petite section (3 à 4 ans), devient progressivement facultative en moyenne section (4 à 5 ans) et disparaît en grande section (5 à 6 ans). Cette organisation basée sur l’âge contraste avec la forte variabilité interindividuelle des besoins en sommeil documentée dans la littérature.

Cette thèse examine la transition de la sieste en contexte scolaire français à travers trois axes : l’organisation de la sieste en maternelle, l’articulation entre sommeil diurne et nocturne, et les liens avec le développement cognitif.

Trois études complémentaires ont été menées auprès d’enfants d’âge préscolaire. Une enquête nationale auprès de 1 498 parents d’enfants scolarisés en maternelle a permis d’identifier cinq profils distincts de sieste selon leur fréquence, leur durée et leur acceptation à l’école et à la maison : siesteurs réguliers (faisant la sieste quotidiennement dans les deux contextes), siesteurs fréquents (sieste fréquente mais non systématique), siesteurs à l’école (uniquement à l’école), siesteurs à la maison (uniquement le week-end), et non-siesteurs. Une étude de mesures objectives du sommeil par actimétrie sur sept jours consécutifs, conduite chez 85 enfants âgés de 3 à 5 ans, a examiné l’interaction entre sieste et sommeil nocturne en conditions écologiques. Enfin, une étude longitudinale auprès de 100 enfants sur deux ans a combiné mesures du sommeil et évaluations cognitives, avec des manipulations expérimentales des opportunités de sieste.

Les résultats mettent en évidence une forte variabilité interindividuelle des habitudes de sieste et un décalage marqué entre pratiques à l’école collective et besoins individuels. La proportion d’enfants faisant la sieste diminue avec l’âge (98 % en petite section, 40 % en moyenne et grande section), parallèlement à une réduction du temps de sommeil total que l’augmentation du sommeil nocturne ne compense pas entièrement. Chaque heure de sieste est associée à une diminution de la durée du sommeil de nuit de seulement 14 minutes. Les relations entre sommeil et cognition varient selon les domaines cognitifs. Le développement langagier est associé à des siestes plus courtes et à un sommeil nocturne plus long, reflétant des processus de maturation sous-jacents. Pour l’attention, les effets de la sieste sont complexes et varient selon les habitudes individuelles et le type de processus attentionnel évalué. La consolidation mnésique n’est affectée ni par la sieste ni par les habitudes de sommeil. Néanmoins, les enfants ayant transitionné hors de la sieste présentent une consolidation nocturne plus efficace, ce qui est cohérent avec le modèle de maturation hippocampique.


L’ensemble de ces résultats souligne l’importance d’adapter la gestion de la sieste aux besoins individuels plutôt qu’à l’âge des enfants. Une approche flexible, permettant d’identifier les enfants bénéficiant encore de la sieste tout en offrant des alternatives reposantes pour ceux ayant transitionné, apparaît plus cohérente avec les données scientifiques actuelles.

 

Mots-clés : Sommeil, Sieste, Développement cognitif, Actimétrie, Maturation cérébrale, Enfant d’âge préscolaire

Equipe
Jeudi 19 mars 2026 14:30–17:30

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